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Espagne: derrière l’austérité, la reprise

Consolidation budgétaire et redressement économique en Europe
02 Décembre 2014

A la veille de la remise du rapport Pisani-Ferry/Enderlein attendu sur les pistes de réforme pour relancer la croissance en Europe, d’un point de vue francoallemand, l’Institut de l’entreprise publie le premier d’une série de quatre rapports sur les exercices de consolidation budgétaire et de redressement économique en Europe. Intitulé « Espagne, derrière l’austérité, la reprise », ce rapport, rédigé par Adrienne Brotons est le fruit d’une commission de travail présidée par Michel Pébereau, président d’honneur de BNP Paribas. En amont du sommet franco-espagnol, qui se tiendra le 1er décembre, il offre un éclairage inédit sur les réformes d’ampleur menées par notre voisin ibérique depuis le début de la crise.

Les réformes de structure et l’orthodoxie budgétaire semblent en effet avoir porté leurs fruits en Espagne, qui affiche au troisième trimestre 2014 un taux de croissance respectifs de 0,6% et 0,5%. En variation annuelle, le PIB affiche une progression inédite depuis six ans, ce qui a conduit le gouvernement espagnol à réviser à la hausse ses prévisions de croissance pour 2014 (1,3%) et 2015 (2%).

Cette croissance est tirée en grande partie par les exportations la baisse des coûts du travail

et à la montée en gamme des produits exportés. Comme le souligne Michel Pébereau dans sa préface, le pays dégage désormais un excédent courant de plus de 2%, fait d’autant plus remarquable que la balance courante était déficitaire depuis 1986 et la balance commerciale depuis 1971.
 

UNE CURE D’AUSTERITE DRASTIQUE

La compétitivité retrouvée de l’économie espagnole repose aussi sur l’effort de maîtrise des finances publiques. A partir de 2010, l’Espagne a en effet entamé une cure d’austérité drastique, reposant à la fois sur des mesures d’augmentation des recettes et de réduction des dépenses.

La gestion des effectifs publics est l’un des principaux leviers de réduction des dépenses,

avec l’encadrement des finances locales et la réforme des retraites. Après avoir augmenté de 15 % entre 2000 et 2008, la masse salariale des administrations publiques a baissé de 5 % entre 2010 et 2014.

Au total, les dépenses publiques ont diminué en valeur d’environ 8 % en Espagne entre 2008 et 2014, quand elles augmentaient de 4 % en France sur la même période.
 

DES REFORMES STRUCTURELLES D’AMPLEUR

Cette politique de consolidation budgétaire s’est accompagnée d’une série de réformes structurelles, visant à renforcer la compétitivité de l’économie espagnole.

•  L’encadrement des dépenses locales a été renforcé, afin de mieux partager l’effort de maîtrise des dépenses entre les différentes administrations. Cette réforme est particulièrement audacieuse dans un pays fortement décentralisé.

• Les gouvernements successifs ont également réformé le fonctionnement du marché

du travail, afin de le rendre plus efficient. Cette réforme est aujourd’hui saluée par l’OCDE.

•  Le système de retraites, dont la soutenabilité à long terme était menacée, a

également été réformé en 2011, via notamment le relèvement de l’âge légal de départ à la retraite et l’augmentation de la durée de cotisation. Les principaux paramètres du régime seront désormais actualisés tous les cinq ans en fonction des gains d’espérance de vie. Cette réforme a trouvé son prolongement dans l’adoption fin 2013 d’une loi destinée à garantir l’équité intergénérationnelle et l’équilibre financier des caisses de retraite, qui prévoit la suppression de l’indexation des pensions sur l’inflation à partir de 2014.
 

CONDITIONS POLITIQUES DES REFORMES

Dans une dernière partie, tout en soulignant les signes de fragilité qui demeurent pour l’économie espagnole (taux de chômage élevé, nécessité de résorber les déficits accumulés sur la balance courante avant la crise), et la nécessité de poursuivre l’effort de redressement des finances publiques, compte tenu du niveau de déficit qui demeure élevé (5,5% du PIB attendu pour 2014) et de la dette publique (près de 100 % du PIB fin 2014), le rapport insiste sur les conditions politiques qui ont facilité ou au contraire rendu plus difficiles certaines des réformes menées.

Les principales réformes structurelles ont pu être adoptées en s’appuyant sur la demande d’équité et de transparence des citoyens, sur la légitimité politique conférée par l’élection du nouveau gouvernement ou grâce à une alliance entre grands partis.

• Le relatif consensus sur le projet de réforme des retraites en Espagne peut s’expliquer par la régularité et la transparence du débat sur l’avenir du système de retraite.

• La réforme du cadre budgétaire espagnol a bénéficié du soutien des deux principaux partis et s’est appuyée sur la forte demande de transparence des citoyens.

• La réforme du marché du travail a provoqué une plus vive opposition, mais a pu être adoptée dans les 100 premiers jours de mandat du nouveau gouvernement de Mariano Rajoy.

 

La commission de travail de l’Institut de l’entreprise sur la consolidation budgétaire et le redressement économique en Europe

Présidée par Michel Pébereau, président d’honneur de BNP Paribas, cette commission se donne pour objet d’analyser des exemples concrets de redressement budgétaire conduits en Europe depuis le début de la crise.

Quatre pays ont été retenus dans le cadre de ces travaux : l’Espagne, l’Irlande, le Royaume-Uni et l’Italie. Ils présentent en effet un point commun : sous la contrainte des évènements nés de la crise, ils ont engagé un effort de consolidation budgétaire de grande ampleur, et/ou se sont attaqué aux obstacles structurels qui grevaient la compétitivité de leur économies. Au-delà des quatre monographies publiées entre novembre 2014 et février 2015, ces travaux donneront lieu à une synthèse publiée au printemps 2015, qui visera à élaborer des recommandations pour la France.

Consulter le communiqué de presse: 
Aude de Castet
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