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Albert Merlin (1931/2015)

In memoriam
15 Décembre 2015
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Le 9 décembre 2015, Albert Merlin nous quittait. Sociétal a ainsi perdu celui qui le porta sur les fonts baptismaux. C’était  en 1996. Albert Merlin a  alors défini le projet de cette nouvelle revue dans l’éditorial du premier numéro. Il écrivait : « Entre la vague déferlante des informations quotidiennes et les publications savantes, il y a place pour un effort de mise en perspective. C’est notre souci premier, notre engagement vis-à-vis des lecteurs, notre règle du jeu ».

Cette volonté de prendre du recul à propos de la réalité économique, de dépasser les fausses évidences qui obscurcissent trop souvent les débats tout en restant accessible au commun des mortels a animé Albert Merlin non seulement dans sa mission de directeur de la rédaction de Sociétal qu’il a assumée de 1996 à 1999, mais aussi dans l’ensemble de sa carrière. Il était né en avril 1931 en Indre et Loire. Originaire de la Touraine, région à laquelle il était resté très attaché, il en avait reçu en héritage le goût de la belle langue, ce qui rendait la conversation de cet érudit brillante et très agréable. Qui plus est, c’est dans un français très pur qu’il exprimait ses idées économiques.

Car l’économie était au centre de sa vie. C’était à la fois sa profession et sa passion intellectuelle. A une époque où la domination du marxisme dans les sphères académiques avait conduit tant de beaux esprits à se fourvoyer, il avait compris que l’entreprise n’était pas un lieu abominable d’exploitation de l’homme par l’homme, mais un mode d’organisation de la production garantissant à tout un chacun un maximum de liberté. Cette conviction de la supériorité intrinsèque d’une économie de marché organisée autour d’entreprises privées l’avait conduit à rejoindre en tant qu’économiste le groupe Saint-Gobain en 1965. C’est dans cette fonction qu’il a acquis sa renommée et qu’il a assis son autorité d’économiste.

A partir de 1976, des générations entières d’étudiants et de cadres d’entreprise se sont penchées avec sérieux et avec reconnaissance sur les articles d’ Economie et industrie, la revue du service d’études de Saint-Gobain, y trouvant à la fois des éléments d’analyse sur la conjoncture immédiate et des éléments de réflexion sur les mutations à plus long terme du monde de l’entreprise. Boulimique de travail, Albert Merlin ne s’exprimait pas uniquement dans les colonnes de cette revue, ou dans celle de Sociétal une fois qu’ayant pris sa retraite de Saint-Gobain, il était devenu un des éléments clés de la vie de l’Institut de l’entreprise. Il publiait régulièrement dans la presse généraliste, participait aux travaux de l’Association française des économistes d’entreprise, association dont il était un des fondateurs, suivait assidument les réunions de la Société d’Economie politique qu’il présida de 1994 à 1996 et intervenait dans de nombreuses institutions universitaires, notamment Sciences Po Paris dont il était un illustre ancien.

Resté jusqu’à ces derniers jours très alerte sur le plan intellectuel et résolument optimiste, il déplorait le besoin de se plaindre de nos contemporains. Dans un article qu’il avait publié dans Sociétal en 2004, il écrivait : « Le monde actuel est plein de promesses mais ce n’est pas ainsi qu’il est perçu. Il y a la peur du sida, du terrorisme ou plus simplement la peur du quotidien ». Il nous manquera pour nous donner du courage et nous rendre, comme il aimait le répéter, à la fois plus « rationnels et raisonnables ».