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Francis Kramarz : « Une augmentation du Smic détruirait de nombreux emplois »

Projets 2012

Mesure emblématique des programmes des candidats de gauche à la présidentielle, l’augmentation du salaire minimum continue de faire débat. 

(Contenu mis à jour le 26/6/2012)

Selon Jean-Luc Mélenchon, porter le Smic à 1 700 euros nets d’ici 2017 devait avoir des effets positifs sur la consommation et entrainer ainsi la croissance française. Or ce que l'on peut surtout craindre d’une telle mesure, ce sont des conséquences en termes de destruction d’emplois. Ainsi une étude de Guy Laroque et Bernard Salanié pour l’Insee intitulée « Une décomposition du non-emploi en France » (Economie et Statistiques n°311) indiquait en 2000 que « pour les femmes en couple, une augmentation du Smic de 10 % détruirait à terme 110 000 emplois. En rajoutant les trois autres sous-populations [hommes en couple, hommes seuls, femmes seules], ce sont 290 000 emplois qui seraient détruits ».

Ces résultats, auxquels notre cellule de chiffrage a fait référence, ont été remis en cause par le Front de gauche, ce dernier dénonçant le fait qu’ils étaient trop datés. Contacté par Débat&co, Bernard Salanié, co-auteur de l’étude, a précisé que ses travaux s’appuyaient sur des données structurelles n’ayant par conséquent quasiment pas évoluées depuis et ne modifiant ainsi en rien la validité de l’étude. Dans un courte interview accordée à Débat&co, Francis Kramarz,  professeur à l’Ensae et à l’Ecole Polytechnique, en confirme d'ailleurs les conclusions.

Peut-on dire que ces chiffres sont toujours d’actualité ?

Francis Kramarz : Tout d’abord, on ne peut évaluer l’impact d’une augmentation du Smic en termes de destruction d’emplois que lorsqu’il y a des variations comme un coup de pouce ce qui n’arrive pas chaque année. Toutefois, on peut estimer qu’aujourd’hui une augmentation de 1 % du Smic correspond à une destruction d’1,5 % des emplois au salaire minimum. Par conséquent si le Front de gauche propose une augmentation de 22 % du Smic cela reviendrait à la destruction de plus de 30 % des emplois occupés par ceux qui sont au Smic. En France, un peu moins de 10 % des salariés sont rémunérés au Smic ce qui représente plus de 2 millions de Français.

L’étude tient compte également d’un maintien des allègements de charges tandis que dans le programme de Jean-Luc Mélenchon la hausse du Smic serait couplée à leur suppression. Quelles conséquences cela aurait-il ?

Concrètement cela aboutirait à la destruction de plusieurs centaines de milliers d’emplois. Les effets de coûts l’emporteraient très largement sur les effets de relance économique anticipée par ce parti. A ce stade il faut rappeler que plusieurs études montrent que le problème de la pauvreté au travail en France n’est pas tant lié au niveau de salaire qu’au temps travaillé. Le nombre d’heures ou de jours travaillés par les personnes en temps partiel contraint ou en activité réduite n’est pas suffisant. Pour redonner du pouvoir d’achat, il faudrait en réalité davantage faire baisser les prix qu’augmenter les salaires. Ou alors augmenter le nombre d'heures de travail.

Existe-t-il d’autres travaux sur le sujet et à quels résultats aboutissent-ils ?

Il existe effectivement d’autres études dont celle que j’ai effectuée avec Thomas Philippon datant de 2001, intitulée « The Impact of Differential Payroll Tax Subsidies on Minimum Wage Employment,» (Journal of Public Economics, 82, 115-146) et qui examinaient l'épisode de baisses des cotisations employeurs au voisinage du SMIC. Les travaux de Bruno Crépon et Rozenn Desplatz vont dans le même sens quels que soient les paramètres étudiés et le moment de leur publication, à savoir qu’une augmentation du Smic détruirait de nombreux emplois.

Sur le sujet, voir également le comparatif des propositions de François Hollande et Jean-Luc Mélenchon