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Quand l’Allemagne corrige ses erreurs, la France persiste

22 Décembre 2011
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Les déficits publics de la France et de l’Allemagne divergent fortement depuis 2007, alors qu’ils étaient auparavant très proches. En conséquence, leurs niveaux d’endettement, qui étaient depuis longtemps quasiment identiques, commencent à s’écarter.

Les déficits publics français et allemand sont restés très voisins de 1996, une fois absorbé le coût de la réunification, à 2006. Ils ont ensuite fortement divergé et ce grand écart, qui atteint 4,5 points de PIB en 2011, est bien plus important pour l’avenir de la zone euro que l’écart entre les déficits de l’Allemagne et de la Grèce ou de l’Espagne. Beaucoup de décideurs allemands semblent en effet craindre que la France rejoigne définitivement les pays du « club Méditerranée » si la rigueur budgétaire la plus stricte n’est pas imposée en Europe.

Comme je l’ai noté dans un billet précédent, il est cependant injustifié d’en imputer la responsabilité au gouvernement actuel. Il faut examiner l’évolution des dépenses publiques et les mesures de hausse ou de baisse des prélèvements obligatoires depuis vingt ans pour déterminer la responsabilité de chaque gouvernement dans l’évolution du déficit structurel, c’est-à-dire corrigé de l’impact des fluctuations de la croissance. Je l’ai fait pour la France, chiffres à l’appui, dans un article de Sociétal résumé dans le billet cité ci-dessus, mais pas pour l’Allemagne. Je me limiterai donc ici à quelques observations générales.

Les déficits publics France-Allemagne

Source : Commission européenne

Au milieu des années quatre-vingt-dix, la France et l’Allemagne avaient des déficits très importants qui tenaient à la forte croissance des dépenses publiques de la période 1989-1993 en France, au coût de la réunification en Allemagne et à la récession de 1993 dans les deux pays. Les années 1995 à 1998 ont ensuite été marquées, en France et en Allemagne, par des efforts considérables de réduction du déficit pour préparer la création de la zone euro.

La poursuite de la réduction du déficit en France de 1999 à 2001 résulte surtout d’une forte croissance de l’activité qui a conduit le gouvernement de l’époque à réduire massivement les prélèvements obligatoires et à creuser le déficit structurel. En Allemagne, les prélèvements ont aussi été fortement diminués pendant cette période et, comme la croissance du PIB a été un peu plus faible qu’en France, le déficit public s’est trouvé plus élevé en 2001.

Les deux pays ont ainsi eu ensemble leur moment d’indiscipline budgétaire à l’aube du nouveau siècle et, avec le ralentissement de la croissance en 2002-2003, ont enregistré un déficit identique, de 4 % du PIB, en 2003. Ils se sont alors entendus pour mettre en sommeil la procédure de correction de ce « déficit excessif » prévue par le traité de Maastricht.

Ensuite, l’Allemagne a nettement réduit son déficit structurel en maîtrisant la croissance des dépenses, alors que la France a continué à l’aggraver jusqu’à 2009. Avec une croissance du PIB presque égale dans les deux pays, l’Allemagne a dégagé un excédent de ses comptes publics en 2007 et 2008 alors que le déficit français était toujours de 3 % du PIB. Autrement dit, l’Allemagne a corrigé les erreurs de la période 1999-2002, mais pas la France.

La dette publique résulte de l’accumulation des déficits passés mais aussi des acquisitions et cessions d’actifs financiers (nationalisations et privatisations ; prêts à des agents privés et remboursements de ces prêts etc.).

Les dettes publiques France-Allemagne

Source : Commission européenne

En 1995, elle était identique dans les deux pays. Pendant les dix années suivantes, elle y a évolué à peu près de la même façon, les déficits restant très proches, avec un montant un peu plus élevé en Allemagne, en pourcentage du PIB, ce qui tient aux mouvements d’acquisition et de cession d’actifs financiers.

Les évolutions divergentes des déficits des deux pays à partir de 2007 auraient dû entraîner une progression plus rapide de la dette française, mais il n’en a rien été et la dette publique était quasiment identique en France et en Allemagne en 2010. L’explication se trouve dans les interventions de l’Etat, et des Länder en Allemagne, pour soutenir les banques (prêts et apports en fonds propres). Pour financer ces interventions, la dette publique allemande a été accrue de plus de 13 points de PIB de fin 2008 à fin 2010, contre seulement 0,1 point de PIB en France où les apports de l’Etat aux établissements financiers ont été beaucoup plus faibles et étaient presque entièrement remboursés fin 2010.

En 2011, la dette allemande entame une décrue rapide, alors que la dette française est toujours sur une pente ascendante. Le grand écart sur la dette publique commence.