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De la relativité des bonnes et des mauvaises nouvelles

Une fois de plus je suis tenté d'organiser mon éditorial à partir des « bonnes » et des « mauvaises » nouvelles que l'actualité nous livre en pâture, même s'il est clair que les éléments à prendre en compte ne sont pas tous uniformément positifs ou négatifs. En existe-t-il d'ailleurs qui possèdent cette précieuse qualité ?

Avenir brillant

C'est en tout cas ce qu'affirme le blog de The Economist signé Schumpeter, où l'on peut lire que « l'avenir est plus brillant que nous le croyons », pour peu qu'on lise deux ouvrages parus au début de l'année. Le premier, écrit par le Dr Eric Topol, un éminent cardiologue américain, trace un tableau impressionnant de la façon dont la médecine est en train d'être révolutionnée par la technologie du numérique. Le second, de Peter Diamandis et Steven Kotler, d'un style visiblement très différent, couvre un éventail de techniques assez large pour remédier à presque toutes les pénuries concevables, d'où son titre très global ; on découvre sans surprise que l'un des auteurs, Diamantis, appartient à la mouvance Singulariry, l'idée directrice – pour ne pas dire l'idée fixe –, inlassablement développée par le futurologue Ray Kurzweil, est qu'il existe certaines nouvelles technologies capables de faire entrer l'humanité dans une ère radicalement nouvelle.

Relève également de la bonne nouvelle au premier degré la chronique asiatique du même Economist signée Banyan et intitulée « The Daughter's return ». Pendant de nombreuses années l'Asie a été la terre d'élection de l'ASS – avortement sexuellement sélectif. La Corée du Sud n'a réussi à inverser la tendance que lorsque son PIB a avoisiné 12 000 dollars par tête. Actuellement la Chine, avec ses 8 400 dollars par tête, et l'Inde, avec 3 700 dollars, ont bien essayé de lutter contre l'ASS, mais sans grand succès. Deux chercheurs indiens, un économiste et une sociologue, travaillant à partir d'un gros échantillon de 125 000 ménages, viennent toutefois de constater que le sex ratio qu'ils ont obtenu pour l'année 2011, soit 977 filles pour 1 000 garçons, était nettement moins déformé que les 924 filles de 2004. Bien des facteurs ont dû jouer à leur avis, y compris le sentiment que les filles prendront probablement mieux soin de leurs parents âgés que les garçons…

Moins de pauvres

Il existe également des nouvelles positives, mais qu'il serait sage de relativiser. C'est le cas de l'annonce faite par le Development Research Group de la Banque mondiale, selon laquelle les Nations unies ont atteint en 2010, avec cinq ans d'avance, l'objectif prévu pour 2015 d'une réduction de moitié du nombre de pauvres – personnes disposant de moins de 1,25 dollar (de 2010) par jour et par tête pour vivre – dans le monde. S'il y a lieu de relativiser cette nouvelle, c'est parce que d'après Martin Ravallion, le directeur de ce groupe de recherche, les mesures visant à réduire la pauvreté semblent agir sur les situations extrêmes, mais n'ont pu empêcher une augmentation du nombre de middle poors. Pourtant, dans la mesure où ce niveau « moyen » de pauvreté se situe entre 1,25 et 2 dollars par jour, on comprend que M. Ravallion en ait conclu « qu'il reste encore beaucoup à faire »…

Mort du rêve américain

Terminons par un cas de figure qui prêtera sans doute à controverse, et que je suis tenté d'appeler la mort du rêve américain. J'ai eu l'impression de voir un présage d'une telle mort en lisant le tableau B d'un article tout récent d'Andrew Hacker du Queens' College consacré aux inégalités aux États-Unis. On y découvre qu'en un quart de siècle – 1985 - 2010 – les rémunérations de l'ensemble de la population active américaine, mesurées en dollars constants de 2010, ont augmenté de 7 %, soit 2,1 % pour les hommes et 12,2 % pour les femmes. En revanche, pour les professions les mieux payées, les taux de croissance s'échelonnent entre 35 % – pour les radiologues par exemple – à 700 ou 800 % – pour certains P-DG de grandes sociétés –, toujours pour les mêmes dates. Cela veut-il dire que le rêve américain n'existe plus ? Disons qu'il reste intact pour les immigrants déjà aisés et éduqués qui veulent faire fructifier leur capital culturel sans qu'il soit trop écorné par le fisc… Il serait en revanche charitable de mettre en garde les autres immigrants ; car, si rien ne change, ils ont peu de chance de faire jamais partie de la middle class.